Le pédiatre vient de suggérer un suivi spécialisé pour votre enfant. Il a mentionné deux noms : psychomotricien et ergéothérapeute. Vous avez hoché la tête en notant, mais en sortant du cabinet, vous n’êtes pas sûr de savoir ce que font exactement ces deux professionnels, en quoi ils diffèrent, et lequel correspond le mieux aux besoins de votre enfant. En cherchant sur internet, vous tombez sur des descriptions qui se ressemblent beaucoup et des forums où les avis divergent.
Cette confusion est extrêmement courante, et elle est compréhensible. Le psychomotricien et l’ergéothérapeute travaillent tous les deux sur le corps, le mouvement et le fonctionnement de l’enfant. Ils interviennent souvent auprès des mêmes populations et partagent parfois des objectifs similaires. Mais leur formation, leur approche, leur cadre d’intervention et les problématiques pour lesquelles ils sont les plus indiqués sont distincts.
Points clés
- Le psychomotricien travaille sur le développement corporel global et l’intégration psychocorporelle : il s’intéresse aux liens entre le corps, le mouvement, les émotions et l’identité. Son approche est souvent plus holistique et relationnelle.
- L’ergéothérapeute travaille sur la capacité de l’enfant à réaliser les activités de sa vie quotidienne, scolaire et sociale. Il s’intéresse aux habiletés fonctionnelles, à l’adaptation de l’environnement et à la motricité fine.
- Les deux professionnels peuvent intervenir auprès des mêmes enfants dans des domaines complémentaires. Dans les cas complexes, un suivi conjoint est souvent la réponse la plus complète.
Le psychomotricien : corps, mouvement et développement global

Formation et statut en France
Le psychomotricien est un professionnel paramédical dont le diplôme d’État est délivré après trois années de formation dans un institut de formation en psychomotricité. La psychomotricité est une discipline propre à la France et à quelques pays francophones, ce qui signifie qu’elle n’a pas d’équivalent direct dans les systèmes anglophone ou germanophone. Son exercice est réglementé par le Code de la santé publique.
Ce qu’il traite et son approche
La psychomotricité repose sur une conception unitaire de l’être humain dans laquelle le corps et le psychisme sont indissociables. Le psychomotricien s’intéresse au développement du schéma corporel, à la conscience que l’enfant a de son propre corps, à la latiralité, à l’organisation spatio-temporelle, au tonus musculaire, à l’équilibre, à la coordination globale et aux liens entre ces dimensions corporelles et le développement émotionnel et cognitif.
Son approche est souvent médiée par le jeu, le mouvement libre, les activités sensorimotrices et la relation thérapeutique. Il utilise des médiations corporelles, danse, relaxation, jeux d’équilibre, parcours moteurs, pour travailler non seulement les compétences motrices mais aussi le rapport que l’enfant entretient avec son corps et ses émotions.
Quand orienter vers un psychomotricien ?
Le psychomotricien est particulièrement indiqué pour les enfants présentant des retards psychomoteurs globaux, des difficultés de coordination d’ensemble, des troubles du tonus, un manque de conscience corporelle, des difficultés d’organisation spatiale et temporelle, des troubles du comportement liés à une mauvaise intégration corporelle, une agitation motrice importante, ou encore pour les enfants dont les difficultés fonctionnelles sont étroitement liées à des enjeux émotionnels ou identitaires. Il intervient aussi fréquemment dans les troubles du spectre autistique, les troubles développementaux et le TDAH.
L’ergéothérapeute : activités de la vie quotidienne et fonctionnalité
Formation et statut en France
L’ergéothérapeute, en anglais occupational therapist, est également un professionnel paramédical dont le diplôme d’État est obtenu après trois ans de formation. La profession est reconnue dans le monde entier et constitue l’une des disciplines de santé les plus largement pratiquées dans les pays anglo-saxons, où elle est souvent la première orientation recommandée pour les enfants présentant des troubles du développement de la coordination ou des troubles du traitement sensoriel. En France, la profession est encore moins connue du grand public que dans les pays à tradition anglophone.
Ce qu’il traite et son approche
L’ergéothérapie se concentre sur la capacité de la personne à réaliser les activités qui comptent pour elle, les occupations de la vie quotidienne, en anglais « occupations », d’où le terme « occupational therapy ». Chez l’enfant, ces activités incluent l’habillage, les repas, les jeux, les activités scolaires comme écrire, dessiner, utiliser des ciseaux, et les interactions sociales. L’ergéothérapeute identifie les obstacles fonctionnels qui empêchent l’enfant de réaliser ces activités de manière autonome et efficace, et il travaille à les réduire.
Son approche est très fonctionnelle et ancrée dans les activités réelles. Il évalue et travaille la motricité fine, l’intégration sensorielle, la coordination oculo-manuelle, la planification du geste et l’organisation de l’espace de travail. Il intervient également sur l’environnement physique, en recommandant des adaptations du matériel, de l’espace ou des tâches pour réduire les barrières fonctionnelles.
Quand orienter vers un ergéothérapeute ?
L’ergéothérapeute est particulièrement indiqué pour les enfants présentant des difficultés de motricité fine affectant l’écriture, le dessin ou la manipulation d’objets, une dyspraxie ou trouble développemental de la coordination, des particularités de traitement sensoriel qui interfèrent avec les activités quotidiennes, des difficultés d’autonomie dans les gestes de la vie ordinaire comme s’habiller ou utiliser des couverts, et plus généralement pour toute situation où la question centrale est : comment aider cet enfant à faire ce qu’il veut ou doit faire de manière plus efficace et indépendante ?
Les différences essentielles en un coup d’oeil

L’angle d’approche
Le psychomotricien part du corps et de son développement global pour aller vers la fonction. Il s’intéresse à la manière dont l’enfant habite son corps, se repère dans l’espace, intègre les informations sensorielles et les traduit en mouvement cohérent. L’ergéothérapeute part de la fonction, de l’activité que l’enfant doit pouvoir accomplir, et remonte vers les capacités sous-jacentes qui font obstacle. L’un est davantage orienté vers l’intégration corporelle et psychique, l’autre vers l’efficacité fonctionnelle dans les activités concrètes.
Le lieu et le mode d’intervention
Le psychomotricien travaille souvent dans une salle aménagée pour le mouvement, avec du matériel de moticité globale : tunnels, trampolines, coussins d’équilibre, ballons. L’ergéothérapeute travaille dans un espace qui reproduit davantage le contexte réel des activités de l’enfant : table de travail, matériel scolaire, jeux de construction, activités manuelles. Il intervient aussi fréquemment à l’école ou à domicile pour évaluer et adapter l’environnement réel de l’enfant.
Le remboursement
C’est l’un des points les plus importants à connaître dans le contexte français. Les séances de psychomotricité sont remboursables par l’Assurance maladie sur prescription médicale, ce qui en fait l’option financièrement la plus accessible pour de nombreuses familles. En revanche, les séances d’ergéothérapie ne sont pas remboursées par l’Assurance maladie dans le cadre libéral. Elles peuvent être prises en charge dans le cadre d’une structure comme un SESSAD, un IME ou un CAMSP, mais en cabinet privé, elles restent entièrement à la charge des familles, sauf couverture exceptionnelle par certaines mutuelles.
Des situations concrètes pour guider votre choix
Votre enfant est maladroit dans l’ensemble, tombe souvent, a du mal à sauter, à s’orienter dans l’espace, et semble avoir une conscience de son corps peu précise : le psychomotricien est l’interlocuteur le plus adapté pour commencer.
Votre enfant a des difficultés spécifiques pour écrire, tenir ses couverts, boutonner ses vêtements, utiliser des ciseaux, ou gérer les textures de manière disproportionnée : l’ergéothérapeute est souvent le professionnel de premier choix.
Votre enfant présente un TSA avec des difficultés à la fois de conscience corporelle, d’intégration émotionnelle et de fonctionnement quotidien : un suivi conjoint est souvent recommandé, les deux professionnels travaillant sur des dimensions complémentaires du même tableau clinique.
Votre enfant présente une dyspraxie : les deux peuvent intervenir, le psychomotricien sur les aspects globaux de coordination et de représentation spatiale, l’ergéothérapeute sur les aspects fonctionnels directs comme l’écriture et les gestes de la vie quotidienne.
En cas d’hésitation, la consultation d’un pédiatre, d’un neuropediatre ou d’un psychologue spécialisé permet d’obtenir une orientation plus précise basée sur le profil complet de l’enfant.
Comment trouver un professionnel compétent en France

Pour le psychomotricien, le médecin prescripteur peut vous orienter directement. L’annuaire des psychomotriciens est accessible via le site du Syndicat national des psychomotriciens. Les délais d’attente varient selon les régions mais peuvent être longs dans les zones sous-dotées. Il est conseillé de contacter plusieurs cabinets simultanément.
Pour l’ergéothérapeute, l’Association nationale française des ergéothérapeutes dispose d’un annuaire en ligne. Il est important de vérifier que le professionnel a une expérience en pédiatrie et, si possible, en troubles du développement ou troubles dys, car la formation initiale couvre de nombreux champs et tous les ergéothérapeutes ne se spécialisent pas en pédiatrie.
Dans les deux cas, ne pas hésiter à poser des questions lors du premier contact : quelle est leur expérience avec des enfants ayant le profil de votre enfant ? Quelle est leur approche ? Comment se déroule la première séance d’évaluation ? Un professionnel compétent accueillera ces questions avec ouverture.
Conclusion
Le psychomotricien et l’ergéothérapeute ne font pas la même chose, même s’ils peuvent parfois intervenir sur des problématiques proches. Le premier s’intéresse au développement corporel global et à l’intégration psychocorporelle. Le second s’intéresse à la capacité de l’enfant à accomplir les activités concrètes de sa vie quotidienne. L’un part du corps pour aller vers la fonction ; l’autre part de la fonction pour remonter vers le corps.
En pratique, la meilleure orientation dépend du profil spécifique de votre enfant, de ses difficultés dominantes, de l’offre disponible dans votre zone géographique, et des contraintes financières liées au remboursement. Le pédiatre, le médecin scolaire ou un spécialiste du développement de l’enfant sont les mieux placés pour vous guider si vous avez des doutes.
Ce n’est pas toujours un choix entre l’un et l’autre. Pour de nombreux enfants, les deux professionnels apportent des réponses complémentaires et travailler avec les deux simultanément ou successivement peut faire une différence considérable. L’essentiel est que l’enfant soit vu par un professionnel qui comprend son profil et lui propose un accompagnement adapté.
Questions fréquemment posées (FAQ)
Faut-il une ordonnance pour consulter un psychomotricien ou un ergéothérapeute ?
Pour le psychomotricien, une prescription médicale est nécessaire pour que les séances soient remboursables par l’Assurance maladie. Sans ordonnance, les séances restent possibles mais à la charge entière de la famille. Pour l’ergéothérapeute en cabinet libéral, aucun remboursement n’est prévu par l’Assurance maladie quelle que soit la situation, donc la question de l’ordonnance ne se pose pas dans les mêmes termes.
Mon enfant a été orienté vers un psychomotricien mais nous devons attendre six mois. Puis-je aller voir un ergéothérapeute en attendant ?
Oui, si les difficultés de votre enfant concernent des habiletés fonctionnelles comme l’écriture, la motricité fine ou l’autonomie dans les gestes quotidiens, consulter un ergéothérapeute pendant l’attente est tout à fait pertinent. Les deux suivis peuvent également se compléter une fois le suivi psychomoteur démarré. Une communication entre les deux professionnels sur le profil de l’enfant est dans ce cas souhaitable.
Comment savoir si le professionnel choisi convient à mon enfant ?
La première séance est généralement une séance d’évaluation au cours de laquelle le professionnel recueille l’histoire de l’enfant et observe son fonctionnement. Après quelques séances, vous devriez avoir reçu un compte-rendu d’évaluation, une explication claire des objectifs du suivi et une idée de la progression prévue. Si votre enfant refuse d’y retourner, si vous n’avez pas de retour sur ce qui se passe en séance, ou si vous ne voyez aucune évolution après plusieurs mois, il est tout à fait légitime de réévaluer la situation.
Un enfant autiste a-t-il besoin des deux ?
Très souvent, oui. Le TSA touche à la fois l’intégration sensorielle et corporelle globale, domaine du psychomotricien, et les habiletés fonctionnelles de la vie quotidienne, domaine de l’ergéothérapeute. Un suivi conjoint, coordonné et avec communication entre les deux professionnels, est fréquemment la réponse la plus complète pour un enfant autiste. La priorité et la fréquence de chaque suivi dépendent du profil spécifique de l’enfant et de ses besoins dominants à un moment donné.
L’ergéothérapie est-elle vraiment non remboursée en France ?
En cabinet libéral, oui : les séances d’ergéothérapie ne sont pas prises en charge par l’Assurance maladie. Quelques mutuelles proposent des remboursements partiels dans le cadre de garanties médecines douces ou para-médicales, il est donc conseillé de vérifier votre contrat. Dans le cadre d’une prise en charge en établissement médico-social, SESSAD, IME ou hôpital, l’ergéothérapie est intégrée dans le dispositif et donc financiée. Des discussions sont en cours au niveau institutionnel pour faire évoluer cette situation.
Peut-on changer de professionnel en cours de suivi ?
Oui, tout à fait. Le suivi thérapeutique d’un enfant doit être régulièrement évalué et il est légitime de changer de professionnel si le courant ne passe pas, si les objectifs ne semblent pas adaptés, si les progrès stagnent sans explication, ou si les contraintes pratiques le nécessitent. Un bilan de fin de prise en charge fourni par le professionnel sortant facilite la continuité avec un nouveau suivi. Il est conseillé d’en parler au médecin prescripteur pour qu’il puisse émettre une nouvelle ordonnance si nécessaire.
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Références
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