Autisme et autostimulation

février 05, 2018

Autisme et autostimulation

Quelles sont les raisons de l’autostimulation ? Comment aider les enfants à éviter des comportements qui leur font du mal ?

Karen Wang

Tout le monde a une manie. Je joue avec mes cheveux quand je parle avec un ami. Peut-être vous rongez-vous les ongles lorsque vous êtes énervé ou que vous vous ennuyez. Peut-être encore tapotez-vous votre bureau avec vos doigts ou votre stylo, en réfléchissant. J’ai connu quelqu’un qui mâchonnait des bâtons de cannelle et j’ai déjà vu des gens dont les yeux bougeaient d’une façon inhabituelle. Je peux reconnaître certaines personnes de loin, simplement à cause de leurs mouvements caractéristiques. Nous connaissons tous quelqu’un qui a une manie agaçante – telle que faire craquer ses doigts toutes les cinq minutes ou répéter sans cesse la même phrase –, ou encore une manie dérangeante en société, comme se curer le nez ou se mordiller.

 

Définition de l’autostimulation

La manie est une forme d’autostimulation. Elle est généralement associée à l’autisme. Le neurologue de mon fils l’appelle « stéréopathie autistique ». On parle aussi parfois de « stéréotypie ».

Le DSM-5 compte l’autostimulation au nombre des symptômes d’un trouble du spectre de l’autisme. Il parle de mouvements, de paroles ou de gestes stéréotypés ou répétitifs. Il indique que ces symptômes altèrent de façon importante le fonctionnement quotidien, par exemple au niveau social ou occupationnel. Telle est la différence entre l’autostimulation autistique et les manies « classiques » : lorsqu’elles interfèrent avec les activités quotidiennes et empêchent l’apprentissage, elles constituent souvent un symptôme de l’autisme.

 

La question à ne pas se poser

« Comment arrêter l’autostimulation ? » C’est généralement la première question que les parents posent lorsqu’un petit enfant découvre l’autostimulation ; pourtant, ce n’est pas la bonne question.

En effet, on ne peut éviter totalement un comportement d’autostimulation : tout le monde a des manies ! Par ailleurs, même si l’on peut faire cesser une habitude de ce genre, elle sera remplacée par une autre, qui pourrait être pire que la précédente.

Plus important : en essayant de supprimer l’autostimulation, vous risquez d’inciter la personne que vous aimez à se replier de plus en plus sur elle-même. Vous perdriez par là une occasion d’encourager des interactions saines.

 

La question à se poser

« Pourquoi mon enfant a-t-il ce comportement ? » Chercher à comprendre la motivation d’un comportement constitue un bon point de départ. Certaines causes de l’autostimulation sont avérées ; d’autres sont hypothétiques :

  1. La surstimulation : l’autostimulation peut aider à réduire des stimuli sensoriels excessifs.
  2. La sous-stimulation : l’autostimulation peut aussi fournir plus de stimuli lorsque c’est nécessaire.
  3. La diminution de la douleur : secouer sa tête ou son corps diminue la sensation de douleur, peut-être parce que l’autostimulation libère des endorphines bêta dans le corps, ce qui povoque une sensation d’anesthésie ou de plaisir.
  4. La gestion des émotions : les émotions, positives comme négatives, peuvent déclencher une forte autostimulation. Nous avons tous vu des réactions physiques de joie ou d’excitation, comme le fait de sauter ou de battre des mains. La frustration ou la colère peuvent intensifier l’autostimulation au point qu’elle devienne destructrice.
  5. L’auto-régulation : certaines manies ont pour but d’apaiser ou de réconforter. De nombreux bébés sucent leur pouce pour se détendre.

J’ai lu récemment un blog dans lequel une mère demandait pourquoi son fils se couvrait les oreilles en dormant. Il avait appris à se boucher les oreilles quand son environnement était trop bruyant ; cela le réconfortait. Il avait alors commencé à le faire à chaque fois qu’il avait besoin de s’apaiser, particulièrement quand il s’endormait.

 

Pourquoi diminuer l’autostimulation ?

L’autostimulation peut perturber l’apprentissage, les relations interpersonnelles et les situations sociales. Elle mène parfois l’enfant à se blesser, ce qui peut provoquer des infections et nécessiter une intervention médicale.

En outre, elle est parfois symptomatique d’un problème de santé, tel que des migraines, qu’une personne atteinte d’un trouble ne peut pas toujours exprimer par les mots.

 

Comment réduire l’autostimulation ?

Vous trouverez ci-dessous différentes suggestions pour aider à augmenter les capacités relationnelles en réduisant le temps consacré à l’autostimulation :

  1. Demandez un examen médical, afin de soigner les causes physiques possibles de l’autostimulation, telles qu’une infection de l’oreille, une douleur chronique, des migraines ou un décollement de la rétine.
  2. Agissez sur l’environnement sensoriel et émotionnel pour améliorer le confort de l’enfant.
  3. Des exercices physiques intenses peuvent réduire le besoin d’autostimulation, probablement parce que, comme elle, ils sont associés aux endorphines bêta.
  4. Continuez d’interagir, même quand commence le comportement d’autostimulation. Dans son livre Communicating partners, James MacDonald suggère que les personnes atteintes d’autisme perçoivent le monde via la sensation et l’action, alors que la plupart des neurotypiques le perçoivent via la pensée et le langage. Une fois que l’on comprend cette différence, les comportements d’autostimulation sont logiques. MacDonald recommande des activités où l’on agit à tour de rôle, pour faire participer un enfant sans l’obliger à cesser ses manies. L’activité deviendra plus confortable et intéressante au fil du temps, ce qui réduira naturellement l’autostimulation. 
  5. Créez un lien positif entre l’autostimulation et la création de relations. Une manière d’utiliser l’autostimulation de façon productive dans l’apprentissage est de l’autoriser comme encouragement ou comme récompense après une période d’interaction ludique ou de travail. Julia Moor écrit dans son ouvrage Playing, Laughing and Learning With Children On The Autism Spectrum que laisser du temps pour l’autostimulation donne à l’enfant le réconfort d’être lui-même, encourage les interactions et réduit le nombre total d’heures consacrées par jour à l’autostimulation.
  6. Participez à l’autostimulation ! Certaines méthodes, comme Son-Rise ou Floortime, proposent de se joindre au comportement d’autostimulation pour entamer une interaction. Par exemple, si une personne se balance d’avant en arrière, faites de même à côté d’elle. Mon fils a tendance à tenir sa main en l’air et à lui parler, comme s’il se regardait dans un miroir ; il trouve hilarant que je le fasse avec lui !

Stanley Greenspan, l’auteur d’Engaging Autismet de la méthode Floortime, explique que certains enfants sont intrigués quand ils se rendent compte qu’ils ont un complice, ce qui suscite une attention partagée et provoque l’échange.

Il ajoute que si l’on commence à utiliser les gestes de façon à ce que l’enfant, pour obtenir ce qu’il veut, doive y répondre par des gestes ciblés, cela peut induire une interaction. Le principe est d’offrir à l’enfant des expériences qui produisent la même sorte de sensations que l’activité d’autostimulation, mais qui améliorent la régulation, la participation et l’interaction.

En d’autres termes, pour diminuer l’autostimulation, proposez une activité de remplacement qui soit plus attrayante !

L’article original a été publié surfriendshipcircle.org, site d’une organisation du Michigan qui assiste et soutient les familles d’enfants à besoins spéciaux. Sur ce site, un blog présente de nombreux conseils et idées pour les parents des enfants à besoins spéciaux. 

Source : 

Wang Karen, « Autism and Stimming », sur Child Mind Institute : https://childmind.org/article/autism-and-stimming/ (dernière consultation le 4 février 2018).

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